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     Souvenirs de Marcel SIMON de Liège, directeur, instituteur des 5ème et 6ème années à Watsa

 



C'est avec une grande surprise et beaucoup d'émotion que nous avons appris comment plusieurs d'entre-vous se sont mués en excellents "détectives internautes"pour vous retrouver et renouer des relations entre les anciens élèves de l'Ecole officielle de Watsa et de son internat.
Les plus anciens qui ont vécu son implantation dans le centre urbain et ceux qui, comme nous, sont arrivés dans les années d'agrandissement et d'occupation de notre colline. Vous avez, vous, les premiers élèves, connus les divers locaux aménagés dans des factoreries transformées en classes, dortoirs, réfectoires, infirmerie, cuisine avec son four à pain. Tout cela fut un réel tour de force pour Monsieur et Madame ART. Le réfectoire sous son toit de chaume laissait tomber des insectes dans le potage, ce qui constituait pour eux un réel cauchemar, car ils veillaient sur la santé de leurs pensionnaires.
Un autre souci était la qualité de l'eau. Dans les classes, les tableaux noirs où un coup de craie un peu ferme faisait dégringoler les œuvres des termites et autres bilulus. Bref, dans l'ensemble, c'était l'époque héroïque et les installations tout ce qu'il y a de plus rudimentaire.
 

                                        Année scolaire 1957 - 1958
Quelques anecdotes après notre arrivée




C'est l'année où la nouvelle école voyait le jour sur la colline aux oiseaux avec son internat et son château d'eau, jouissant enfin du confort de l'électricité et de l'eau courante, l'une étant fournie par la société des mines d'or de Kilo Moto, l'autre des sources captées et pompées jusqu'au château d'eau, rendue potable dans un filtre à UV, captée à un dénivelé de 90 mètres par rapport à notre colline. Tout fonctionnait bien, sauf en saison sèche.
Les habitants voisins de la station étaient alimentés en eau par un trop-plein. Si celui-ci s'arrêtait, ils cassaient résolument les tuyaux d'adduction et la colline était à sec. Branle-bas de combat, les travaux publics du territoire aidés par les policiers remettaient en ordre la plomberie et la précieuse eau coulait à nouveau sur la colline pour l'école, mais par pour nous. Pendant quelques longues semaines, pas d'eau ni d'électricité. L'eau arrivait par porteur dans une demi touque, rougeâtre, puisée dans un marigot formé par un ruisseau, qui servait aussi aux ablutions des habitants des environs. L'éclairage était constitué d'une lampe Coleman à pétrole, le frigo provisoire fonctionnait aussi au pétrole. Enfin, le confort s'est mis en place.

J'ai pris l'habitude chaque week-end d'aller vérifier le bon fonctionnement de la station de pompage à travers la brousse. La 22 longue en bandoulière, ma femme tremblait, me croyant à chaque fois dévoré par un fauve durant la visite. Courageusement, elle m'y a accompagné une fois et n'a plus renouvelé la promenade assez escarpée au retour.
Ensuite, il y a eu pour Monsieur ART et moi, l'apprentissage de mise en action du groupe électrogène qui devait pallier les éventuelles pannes de la haute tension fournie par la mine. Il fallait en premier couper le circuit de raccordement; juchés sur un support isolé, les mains gantées de caoutchouc généreusement talqué, pas très rassurés vu les conseils de précaution des électriciens de la mine. Ceci fait, il y avait à mettre le monstre en route. Un petit moteur type hors-bord qu'on lançait et qui devait entraîner le diesel du groupe électrogène de secours.
Celui-ci démarrait dans un vacarme de tonnerre : ouf ! on était encore vivants.
Ainsi, les instituteurs étaient aussi amenés à s'occuper d'une foule d'autres choses qu'on n'enseigne pas à l'école normale …
Les souvenirs se bousculent de ces trois années (de 1957 à 1960) que je voudrais partager avec vous et qui furent les plus heureuses de ma carrière au Congo. Ma femme et moi, comme notre fils Jean, faisons souvent des rappels du passé à Watsa, son soleil, son climat : le paradis !
J'ai surtout apprécié la proximité de l'école et de nos habitations : une vraie famille, notre colline de la "sapience" ainsi que nous l'avions rebaptisée. Je me plais à souligner que l'ensemble du personnel enseignant et de surveillance a accompli, chacun dans son domaine, un travail remarquable, palliant par leur inventivité le peu de moyens dont ils disposaient.
Monsieur, Madame ART et moi formions une équipe remarquable.
Il suffit de parcourir vos commentaires de vos années à Watsa pour comprendre que la nostalgie a animé vos recherches pour vous retrouver et vous revoir.
De mon côté, j'ai tenu à participer à ce retour aux sources. Aussi, je vous souhaite de continuer dans cette belle voie que vous avez entamée.
A tous et à toutes, mes chaleureux bons souvenirs et mes souhaits à chacun et chacune de pleine réussite pour votre réunion du 7 octobre 2006 et de prolonger ces amitiés dans l'avenir.
Ma femme et moi serons avec vous en pensée puisque nous ne pouvons y être présents.