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Souvenirs de Marcel SIMON de Liège, directeur, instituteur des 5ème et 6ème années à Watsa
C'est avec une grande surprise et beaucoup d'émotion que nous avons appris
comment plusieurs d'entre-vous se sont mués en excellents "détectives
internautes"pour vous retrouver et renouer des relations entre les anciens
élèves de l'Ecole officielle de Watsa et de son internat.
Les plus anciens qui ont vécu son implantation dans le centre urbain et ceux
qui, comme nous, sont arrivés dans les années d'agrandissement et d'occupation
de notre colline. Vous avez, vous, les premiers élèves, connus les divers
locaux aménagés dans des factoreries transformées en classes, dortoirs,
réfectoires, infirmerie, cuisine avec son four à pain. Tout cela fut un réel
tour de force pour Monsieur et Madame ART. Le réfectoire sous son toit de
chaume laissait tomber des insectes dans le potage, ce qui constituait pour
eux un réel cauchemar, car ils veillaient sur la santé de leurs pensionnaires.
Un autre souci était la qualité de l'eau. Dans les classes, les tableaux noirs
où un coup de craie un peu ferme faisait dégringoler les œuvres des termites
et autres bilulus. Bref, dans l'ensemble, c'était l'époque héroïque et les
installations tout ce qu'il y a de plus rudimentaire.

C'est l'année où la nouvelle école voyait le jour sur la colline aux oiseaux
avec son internat et son château d'eau, jouissant enfin du confort de
l'électricité et de l'eau courante, l'une étant fournie par la société des
mines d'or de Kilo Moto, l'autre des sources captées et pompées jusqu'au
château d'eau, rendue potable dans un filtre à UV, captée à un dénivelé de 90
mètres par rapport à notre colline. Tout fonctionnait bien, sauf en saison
sèche.
Les habitants voisins de la station étaient alimentés en eau par un
trop-plein. Si celui-ci s'arrêtait, ils cassaient résolument les tuyaux
d'adduction et la colline était à sec. Branle-bas de combat, les travaux
publics du territoire aidés par les policiers remettaient en ordre la
plomberie et la précieuse eau coulait à nouveau sur la colline pour l'école,
mais par pour nous. Pendant quelques longues semaines, pas d'eau ni
d'électricité. L'eau arrivait par porteur dans une demi touque, rougeâtre,
puisée dans un marigot formé par un ruisseau, qui servait aussi aux ablutions
des habitants des environs. L'éclairage était constitué d'une lampe Coleman à
pétrole, le frigo provisoire fonctionnait aussi au pétrole. Enfin, le confort
s'est mis en place.
J'ai pris l'habitude chaque week-end d'aller vérifier le bon fonctionnement de
la station de pompage à travers la brousse. La 22 longue en bandoulière, ma
femme tremblait, me croyant à chaque fois dévoré par un fauve durant la
visite. Courageusement, elle m'y a accompagné une fois et n'a plus renouvelé
la promenade assez escarpée au retour.
Ensuite, il y a eu pour Monsieur ART et moi, l'apprentissage de mise en action
du groupe électrogène qui devait pallier les éventuelles pannes de la haute
tension fournie par la mine. Il fallait en premier couper le circuit de
raccordement; juchés sur un support isolé, les mains gantées de caoutchouc
généreusement talqué, pas très rassurés vu les conseils de précaution des
électriciens de la mine. Ceci fait, il y avait à mettre le monstre en route.
Un petit moteur type hors-bord qu'on lançait et qui devait entraîner le diesel
du groupe électrogène de secours.
Celui-ci démarrait dans un vacarme de tonnerre : ouf ! on était encore
vivants.
Ainsi, les instituteurs étaient aussi amenés à s'occuper d'une foule d'autres
choses qu'on n'enseigne pas à l'école normale …
Les souvenirs se bousculent de ces trois années (de 1957 à 1960) que je
voudrais partager avec vous et qui furent les plus heureuses de ma carrière au
Congo. Ma femme et moi, comme notre fils Jean, faisons souvent des rappels du
passé à Watsa, son soleil, son climat : le paradis !
J'ai surtout apprécié la proximité de l'école et de nos habitations : une
vraie famille, notre colline de la "sapience" ainsi que nous l'avions
rebaptisée. Je me plais à souligner que l'ensemble du personnel enseignant et
de surveillance a accompli, chacun dans son domaine, un travail remarquable,
palliant par leur inventivité le peu de moyens dont ils disposaient.
Monsieur, Madame ART et moi formions une équipe remarquable.
Il suffit de parcourir vos commentaires de vos années à Watsa pour comprendre
que la nostalgie a animé vos recherches pour vous retrouver et vous revoir.
De mon côté, j'ai tenu à participer à ce retour aux sources. Aussi, je vous
souhaite de continuer dans cette belle voie que vous avez entamée.
A tous et à toutes, mes chaleureux bons souvenirs et mes souhaits à chacun et
chacune de pleine réussite pour votre réunion du 7 octobre 2006 et de
prolonger ces amitiés dans l'avenir.
Ma femme et moi serons avec vous en pensée puisque nous ne pouvons y être
présents.